Détérioration des conditions à mesure que le COVID-19 se propage
En dépit d’une performance relative remarquable, le secteur de la santé est en proie à certaines difficultés. En particulier, des milliers de cabinets médicaux ne répondant pas directement aux besoins liés au virus ont été désertés, qu’il s’agisse de médecins généralistes, de dispensaires familiaux et de cliniques vétérinaires ou d’autres établissements médicaux.
Les grands centres et réseaux médicaux sont eux aussi durement touchés, parce qu’ils ont reporté les interventions chirurgicales non urgentes, les traitements des maladies chroniques, l’orthopédie et d’autres services, qui génèrent la plus grande partie de leurs revenus, pour prendre en charge les patients souffrant du COVID-19. Le nombre d’opérations chirurgicales en rapport avec des traumatismes a par ailleurs brutalement chuté, car moins de personnes conduisent des véhicules, font du vélo, pratiquent un sport voire marchent à l’air libre du fait des injonctions de confinement partout dans le monde. Les hôpitaux pourraient être sous tension pendant un certain temps malgré les mesures de relance massives prévues en leur faveur, comme la loi CARES aux États-Unis, qui doit débloquer au moins 100 milliards de dollars.
Les sociétés pharmaceutiques ne sont pas non plus épargnées. Répondant à la mobilisation mondiale pour trouver des traitements et un vaccin contre le virus, les grands laboratoires pharmaceutiques ont mis à l’arrêt leurs autres recherches médicales consacrées à de nouveaux produits.
La situation est contrastée, mais toutes les entreprises du secteur de la santé ont un dramatique point commun : aucune n’essaie même de deviner à quoi ressembleront leurs prévisions de bénéfice dans six mois. Pourtant, malgré des perspectives incertaines, nous pensons que toute destruction de la demande causée par la crise ne sera pas définitive pour la plupart des entreprises du secteur de la santé.
Aller au-delà de la science
À court terme, de nombreuses entreprises du secteur de la santé se mobilisent pour répondre aux appels à l’aide, de plus en plus nécessaire. Celles qui se spécialisent dans les tests, les traitements et les équipements de protection, par exemple, accélèrent leur production de manière exponentielle depuis le début de la crise.
La mobilisation est sans précédent. Pourtant, ce qui fait la pérennité du secteur de la santé, ce sont les entreprises construites pour résister à l’épreuve du temps. C’est pourquoi il est important de ne pas se limiter aux derniers résultats scientifiques et de se fier aux fondamentaux sous-jacents des entreprises de santé équipées pour le long terme.
La pandémie précipite le changement
Comme n’importe quel secteur, la santé comprend de nombreux domaines spécialisés, dont certains pourraient bénéficier directement des moteurs du changement. Ainsi, les innovations technologiques pourraient révolutionner la relation entre un docteur et son patient. Alors que le coronavirus oblige les patients à consulter les docteurs à distance, nous pensons que la « télésanté » va désormais s’installer plus rapidement dans nos vies et créer une nouvelle norme pour les examens de routine et les consultations médicales non urgentes, qui pourront être réalisés à distance, via un ordinateur ou un appareil mobile.
De la même manière, les laboratoires pharmaceutiques explorent des stratégies de marketing virtuel de leurs produits, qui supplanteront le modèle traditionnel de contact sur le terrain entre les représentants commerciaux et les professionnels de la santé. Ironiquement, la santé a toujours été en retard dans l’adoption des nouvelles technologies. Il a fallu une crise pour la faire progresser.
Espérer un traitement aujourd’hui mais investir pour demain
L’innovation suscite également des espoirs de vaccin ou de traitement contre le coronavirus, compte tenu des efforts scientifiques déployés dans le monde entier. Il est toutefois important de ne pas investir dans l’espoir de voir se développer un médicament vedette contre le COVID-19. Un investissement devrait toujours se fonder sur une proposition à long terme, et non sur un scénario binaire pouvant se solder par une opportunité soudaine, quelle que soit l’importance des enjeux. Investir dans une entreprise en pensant qu’elle pourrait découvrir le vaccin constitue selon nous un pari très risqué.
Il est certain que le laboratoire qui trouvera le traitement contre le COVID-19 sera le grand gagnant, même si, dans l’ensemble, ses possibilités de commercialisation et sa rentabilité pourraient être limitées. Mais chercher à prédire des percées scientifiques n’est pas une stratégie prudente lorsqu’il s’agit de sélectionner des valeurs de la santé. Ce qui prime en effet, ce sont des fondamentaux sous-jacents solides, comme un bilan sain et des avantages concurrentiels durables. Si le remède est finalement trouvé par une entreprise solide, alors ce sera la cerise sur le gâteau pour les investisseurs et une excellente nouvelle pour le monde entier.
Le secteur de la santé offre une proposition équilibrée entre avantages défensifs et potentiel de croissance
D’un point de vue défensif, le secteur de la santé profite d’un flux constant de clients ayant besoin de ses divers produits et services. Dans le même temps, la déferlante de l’innovation dans la santé transforme tout, des diagnostics et de la robotique aux thérapies peu invasives et aux technologies qui lui permettront d’entrer vraiment dans le 21e siècle. Cet équilibre offre selon nous à la fois une force de résilience et des perspectives de croissance, non seulement en temps de crise mais aussi sur le chemin de la reprise à venir.